Projet Définition

  • L’itinérance au Québec n'est pas seulement une crise sociale et de l’habitation ; c'est aussi un enjeu économique, juridique et de santé publique. Malgré des décennies d'efforts pour réduire l’ampleur de ce phénomène, le nombre de personnes en situation d’itinérance visible, cachée ou à risque de l’être ne cesse d'augmenter. En effet, les oppressions et les discriminations bien documentées auxquelles font face plusieurs groupes sociaux marquent leur parcours et sont au cœur de leurs situations d’itinérance. Ces dernières sont influencées par des facteurs qui interagissent entre eux tels que le sexe, l’âge, l’orientation sexuelle, l’identité de genre, une situation de handicap, l’état de santé physique et mentale, la consommation, la religion, la couleur de peau, le statut migratoire, etc. Ainsi, l’itinérance affecte de manière disproportionnée certains groupes sociaux, notamment les personnes autochtones ; ces dernières sont surreprésentées parmi les personnes en situation d'itinérance depuis des décennies en raison des violences coloniales qui persistent encore aujourd’hui.

    Cette réalité marquée par des inégalités sociales persistantes oblige à remettre en question l’idée que l’itinérance constitue un problème insoluble. Au contraire, elle révèle la nécessité de repenser les systèmes, les structures, les lois et les pratiques qui façonnent nos réponses à l’itinérance.

    Actuellement, la majorité des investissements et des efforts gouvernementaux en matière d’itinérance est orientée vers la gestion d’urgence, à savoir les refuges d'urgence, les soupes populaires, les centres de jour, les haltes-répits, le relogement et l’intervention policière. Bien que ces réponses soient, sans contredit, essentielles, elles n’agissent pas sur les causes profondes de l’itinérance ni sur les inégalités sociales et structurelles qui en sont à l'origine.

  • La prévention représente le meilleur moyen d’éviter le basculement vers l’itinérance, en particulier chez les populations en situation de vulnérabilité. Elle permet d’éviter des traumas importants aux personnes, de réduire les coûts sociaux et économiques de l’itinérance et, de façon concomitante, de diminuer la pression sur les organismes communautaires, les municipalités et les services publics qui offrent des réponses d’urgence.

    Cela soulève une question centrale : « Qu'est-ce que la prévention de l’itinérance ? » Le Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance (CQPI) et le Réseau SOLIDARITÉ Itinérance du Québec (RSIQ) ont formé un comité[1] de leurs membres et de leurs partenaires afin d’explorer cette question à la fois fondamentale et complexe, dans l’objectif de définir la prévention de l’itinérance.

    [1] Coordination Art Campbell et Marie-Edwige Guilhem, et avec Cécile Arbaud, Joannie Veilleux, Josianne Grenier, Kathleen McFarland et Stéphane Grenier.‍

  • Cette définition vise à établir une compréhension et un langage communs. Elle a pour objectif de favoriser des démarches proactives axées sur la prévention de l’itinérance, complémentaire à l’offre actuelle d’une diversité de mesures de soutien pour les personnes en situation d’itinérance. Elle est inspirée de la typologie de Fitzpatrick et al. (2021) qui distingue cinq niveaux de prévention : 1) universelle, 2) en amont, 3) en situation de crise, 4) en situation d’urgence et 5) pour éviter la récurrence. Le risque de basculer en situation d’itinérance augmente progressivement entre le 1er niveau de prévention (prévention universelle) et le 5e niveau (prévention de la récurrence). Cette définition se concentre sur les trois premiers niveaux selon la vision suivante : le rôle de la prévention est de réduire le nombre de personnes qui basculent vers l’itinérance. Il ne s’agit pas de développer la prévention au détriment des services existants, mais de mettre en lumière les dimensions encore peu ou pas reconnues ni financées, telles que :

    ·        La prévention universelle visant à réduire les risques d'itinérance dans la population générale par des politiques structurelles (exemples : construction de logements sociaux, amélioration de l’accès à la santé) ;

    ·        La prévention en amont offrant un soutien précoce aux populations à haut risque d’itinérance (exemples : préparation et accompagnement à la sortie d’établissements -prisons, hôpitaux, protection de la jeunesse, …, développement de milieux culturellement sécurisants pour personnes autochtones à l’intérieur et à l’extérieur des communautés) ;

    ·        La prévention de crise ayant pour but de prévenir l'itinérance susceptible de se produire dans un délai prévisible (exemples : prévention des évictions, hébergement pour femmes fuyant la violence).

    Cette typologie permet de nommer précisément les moments d’intervention dans les trajectoires menant à l’itinérance et de distinguer les actions visant l’ensemble de la population, celles qui agissent avant la perte du logement et celles qui répondent aux situations imminentes.

  • Cette définition a été élaborée selon une architecture rigoureuse et s'appuie sur plusieurs références structurantes, éthiques, politiques, scientifiques et communautaires. Elle a également été validée lors de deux consultations auxquelles ont participé plus de 60 répondant·e·s (tables, associations, chercheur·e·s) provenant des quatre coins de la province, ainsi qu’une troisième consultation par l’entremise du comité consultatif en itinérance de la Commission de la santé et les services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador (CSSSPNQL).

    Références mobilisées :

    • La Charte des droits et libertés de la personne, qui constitue le socle éthique et politique de l’approche ;

    • La Politique nationale de lutte à l’itinérance (PNLI), adoptée en 2014, qui encadre les actions gouvernementales en matière d’itinérance ;

    • Déclaration des Nations Unis sur les droits des peuples autochtones ;

    • Commission d’enquête québécoise sur les relations entre les Autochtones et certains services publics (Commission Viens) ;

    • La définition de l’itinérance chez les Premières Nations au Québec, CSSSPNQL ;

    • La définition canadienne de l’itinérance autochtone, formulée par Jesse Thistle et al. (2017), qui intègre les dimensions culturelles et historiques propres aux peuples autochtones ;

    • La définition de la prévention de l’itinérance proposée par Gaetz et Dej (2017), qui offre un cadre conceptuel reconnu ;

    • La typologie à cinq niveaux proposés par Fitzpatrick et al (2021)

    • La définition de la prévention de l’itinérance jeunesse développée par la Coalition Jeunes+, qui met en lumière les enjeux spécifiques aux jeunes ;

    • La Déclaration commune de l’itinérance : Renverser la tendance, un devoir collectif (2024), qui appelle à une mobilisation intersectorielle ;

    • Les recommandations du projet « Cadre juridique », piloté par le CQPI, chargé de coconstruire un cadre légal en matière de prévention de l’itinérance.

    • Établir une compréhension et un langage commun.

    • Susciter des réflexions et des discussions collectives afin d’actualiser la Politique nationale de lutte à l’itinérance et de donner davantage de place à la prévention de l’itinérance ;

    • Faciliter la collaboration entre les différentes entités gouvernementales, organisations communautaires et experts ;

    • Attribuer l’imputabilité de la prévention de l’itinérance au gouvernement du Québec ;

    • Canaliser les efforts, assurer leur efficacité et optimiser l’utilisation des ressources et des financements ;

    • Concentrer les interventions[1] sur les causes profondes de l’itinérance en ciblant les facteurs structurels, culturels et interreliés qui fragilisent les individus, ainsi que les facteurs individuels et relationnels, favorisant ainsi une stabilité résidentielle durable et des conditions de vie décentes.

    [1]  Voir la typologie adoptée ci-dessous.

  • La prévention de l'itinérance désigne l’ensemble des lois, politiques, pratiques et initiatives visant à réduire la probabilité qu’une personne vive l’itinérance. Elle s'attaque aux causes structurelles et systémiques de l'itinérance et la reconnaît comme un phénomène multidimensionnel prenant en compte les dynamiques individuelles, identitaires, générationnelles et relationnelles liées aux trajectoires de vie.

    Au cœur de la prévention de l’itinérance se trouvent le respect des droits humains dont le droit à un niveau de vie décent, le droit de cité, le droit à des services de santé et sociaux, à l'éducation, à l’emploi, à la mobilité et la reconnaissance du droit au logement adéquat[1] comme un droit universel et fondamental. De plus, la prévention de l’itinérance considère le rôle fondamental des liens sociaux, de la connexion sociale, du sentiment d’appartenance et de contribution, de l’autodétermination, et de l’identité culturelle en tant que facteurs de protection.

    La prévention de l’itinérance s'inscrit dans un large continuum[2] de mesures concrètes :

    • universelles, pour l’ensemble de la population (exemples : construction de logements sociaux, amélioration de l’accès à la santé) ;

    • en amont, ciblées sur les groupes à hauts risques (exemples : préparation et accompagnement à la sortie d’établissements[3], développement de milieux culturellement sécurisants pour personnes autochtones à l’intérieur et à l’extérieur des communautés) ;

    • pour les individus en situation de crise (exemples : prévention des évictions, hébergement pour femmes fuyant la violence).

    Le gouvernement du Québec a la responsabilité de faire de l’itinérance une priorité nationale. Il accompagne celle-ci d’un financement durable et de mécanismes indépendants afin de démontrer que nos collaborations entraînent une transformation positive et pérenne. Pour agir sur les différentes dimensions de ce phénomène, la prévention de l’itinérance exige l’engagement de multiples acteurs gouvernementaux[4], institutionnels et communautaires et s’appuie notamment sur les savoirs et les perspectives expérientiels. En ce sens, la prévention est l’affaire de tous et toutes.

    [1] Le terme adéquat inclut les notions d’accès à un logement stable et adapté aux besoins des personnes, et de logement tels que définit dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones.

    [2] Voir l’Annexe 1 de la typologie adoptée.

    [3] Prisons, hôpitaux, protection de la jeunesse, etc.

    [4] Provincial, fédéral, autochtone, municipal

  • Voir l’image ci-dessous svp.

  • Coordination:

    • Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance (Art Campbell, Directeur)

    • Réseau Solidarité Itinérance Québec (Marie-Edwidge, organisatrice communautaire)

    Et avec:

    • Dan la rue (Cécile Arbaud, directrice générale)

    • Maison Jeunes-Est (Kathleen McFarland, directrice)

    • PIPQ - Projet Intervention Prostituion Québec (Josiane Grenier, conseillère exécutive)

    • RAPSIM – Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (Joannie Veilleux, organisatrice communautaire)

    • UQAT (Stéphane Grenier, professeur en travail social)

    Consultations (3)

    • Plus de 60 acteurs.trices des milieux communautaires et académiques

    • Le comité consultatif en itinérance de la Commission de la santé et des services sociaux des Premières Nations du Québec et du Labrador