Donnons-nous enfin une vision du logement à long terme

Le CQPI a co-signé, avec plusieurs membres de la société civile, une lettre ouverte publiée hier dans le Le Journal de Montréal et sur TVA nouvelles.

Nous venons de l’habitation communautaire et sociale, de la santé et des services sociaux, de la lutte contre l’itinérance, de l’aménagement du territoire, de la défense des droits et de la réduction des inégalités. Nos organisations interviennent auprès de populations variées, dans toutes les régions du Québec, avec des mandats complémentaires. Nous faisons pourtant le même constat et formulons la même demande : l’adoption d’une Politique nationale du logement, portée par une vision claire et durable au-delà des changements de gouvernement. 

Ce qu’on construit ne répond pas adéquatement à la demande

En 2025, le Québec a connu sa deuxième année la plus occupée sur les chantiers depuis 1990, avec 54 220 mises en chantier, alors que le loyer moyen a augmenté de 10,1 %.

Pourtant, les difficultés d’accès à un logement adéquat persistent.

Logement communautaire et social

Desjardins rappelait récemment que l’amélioration de l’abordabilité sur le marché locatif sera lente. Sa conclusion est claire : il faut construire davantage de logements communautaires et sociaux pour préserver leur accessibilité dans le temps.

Soyons clairs : le logement communautaire et social doit être au cœur de toute réponse efficace.

L’accès à un milieu de vie financièrement accessible représente un défi pour les ménages à faibles et modestes revenus comme pour les personnes ayant des besoins particuliers. Le soutien communautaire transforme un toit en stabilité durable, mais son financement demeure fragmenté.

Au-delà de sa fonction d’hébergement, le logement constitue également un puissant levier de prévention. Lorsqu’une personne ou une famille peut accéder à un logement stable, adéquat, financièrement accessible et adapté à ses besoins avant qu’une situation ne se détériore, il est possible d’éviter une cascade de conséquences touchant la santé, la réussite scolaire, l’emploi, la sécurité alimentaire et, dans bien des cas, l’itinérance.

Le nombre de mises en chantier ne dit rien de ce qui se construit. Les logements familiaux, les logements adaptés aux personnes en situation de handicap ou les unités destinées aux personnes quittant l’itinérance répondent à des besoins que le marché couvre peu. Ces logements existent parce que des communautés et des politiques publiques choisissent de les faire exister.

Une Politique nationale du logement

Une Politique nationale permettrait au Québec d’adopter une approche cohérente et prévisible, ancrée dans le droit au logement et élaborée avec celles et ceux qui bâtissent, gèrent et accompagnent. C’est la colonne vertébrale qui manque en habitation.

Une telle vision donnerait d’abord aux milieux la prévisibilité qui leur manque. Un projet de logement communautaire met plusieurs années à passer de l’idéation à l’emménagement des résident.es une durée qui dépasse celle des cycles budgétaires qui le financent. Des cibles inscrites dans la durée permettent aux acteurs du milieu de planifier leurs ressources et leur main-d’œuvre.

Elle permettrait également de protéger les investissements publics déjà consentis. Contrairement aux mesures temporaires d’abordabilité, le logement communautaire et social constitue un actif collectif durable, à condition d’en assurer la pérennité.

Pour être structurante, cette politique devra reposer sur ces assises :

  • La reconnaissance du droit au logement ;

  • Des cibles pluriannuelles accompagnées de mécanismes transparents de reddition de comptes ;

  • Un financement récurrent, prévisible et adapté aux objectifs poursuivis ;

  • Un arrimage avec les municipalités et le gouvernement fédéral ;

  • Une concertation permanente avec les acteurs du milieu ;

  • Une approche gouvernementale intégrée, reconnaissant le logement comme un déterminant fondamental de la santé, de l’inclusion sociale et de la prévention de l’itinérance.

Une question qui dépasse le logement

Si nous signons cette lettre ensemble, c’est que le manque de logements financièrement accessibles se répercute bien au-delà du secteur de l’habitation.

Selon l’Observatoire québécois des inégalités, les mauvaises conditions d’habitation expliquent à elles seules le tiers des cas de mauvaise santé générale déclarés au Québec. Pour le système de soins, la facture se chiffre en milliards de dollars.

Les conséquences touchent aussi la sécurité alimentaire et la réussite éducative. Les ménages qui consacrent une part excessive de leurs revenus au logement sont davantage exposés aux privations et à la précarité.

Santé, sécurité alimentaire, protection des personnes, réussite scolaire, prévention de l’itinérance. Ces réalités relèvent de ministères distincts mais elles appellent à une réponse commune misant autant sur l’action en amont que sur la réponse aux besoins.

Le moment est venu

Le logement ne doit pas être considéré uniquement comme un enjeu immobilier. Il constitue une infrastructure sociale essentielle qui soutient la santé, la réussite éducative, la participation économique et la cohésion des communautés. Une Politique nationale du logement devrait refléter cette responsabilité collective.

Nous nous adressons à toutes les formations politiques. Nous leur demandons de s’engager, pendant la campagne, à doter le Québec d’une Politique nationale du logement, et à en déposer les orientations dans les premiers mois de la prochaine législature.

Cosignataires :

Tommy Théberge, directeur général, Association des groupes de ressources techniques du Québec (AGRTQ)

Art Campbell, directeur, Collectif québécois pour la prévention de l’itinérance (CQPI)

Mathieu Noël, directeur de projets, Confédération des organismes de personnes handicapées du Québec (COPHAN)

Sandra Turgeon, directrice générale, Confédération québécoise des coopératives d’habitation (CQCH)

Véronique Laflamme, porte-parole, Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)

Nathalie Prud’homme, présidente, Ordre des urbanistes du Québec (OUQ)

Béatrice Vaugrante, directrice générale, Oxfam-Québec

René Binet, président, Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec (RAAQ)

Amélie Duranleau, directrice générale, Société québécoise de la déficience intellectuelle (SQDI)

Loïc Goyette, président de l’Union étudiante du Québec (UEQ)

Vanessa Normand, codirectrice générale, Vivre en Ville

Suivant
Suivant

“Un projet novateur freiné par la campagne électorale” - La Presse